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Le rôle de la plaque de tête d’un archet n’est pas seulement ornemental. La plaque permet de supporter la pression exercée par la cale et la tension de la mèche sur la tête. Aussi, à la suite d'un impact, elle absorbe le choc et casse généralement, évitant que la tête n’éclate. Il est donc important de la remplacer lorsqu’elle est endommagée, puisqu’un archet cassé à la tête perd au moins 70% de sa valeur.
La plaque de tête est en fait composée de deux plaques. On ne remarque pas toujours la première qui est noire et collée à même le bois. En ébène ou en fibre, elle a son importance structurelle et est aussi un signe distinctif pour reconnaître un fabricant à l’occasion d’une expertise. La deuxième plaque est celle qui nous intéresse plus particulièrement. Sur les archets de moindre qualité elle est en plastique, alors que pour les archets de moyenne gamme elle est en os. En ivoire d’éléphant ou de mammouth, elle se retrouve sur les archets anciens et de grande valeur. Il est parfois possible de trouver des plaques de tête en or ou en argent. À moins d’être originales sur l’archet à sa fabrication – comme sur les archets Hill – ces plaques sont installées pour des cas très spécifiques. Les métaux sont effectivement plus lourds et on les utilise lorsqu’il faut compenser certains problèmes de poids, de balance ou de son.
L’os provient la plupart du temps de bovins. Moins noble et moins beau que l’ivoire, ce matériau permet tout de même une bonne protection. Même si la plaque se façonne assez bien, il n’en reste pas moins que l’os, très dur, a plus de chance de casser. Blanc au départ, le matériau est assez poreux et se tâche facilement : il absorbe les substances grasses et laisse alors une finition plutôt terne.
L’ivoire d’éléphant est un matériau très dense qui se lustre bien, au point de briller comme du verre. On le reconnaît à sa texture striée et à sa couleur blanc crème moirée, quoique moins jaunâtre que le mammouth. Il est moins dur et moins cassant que l’os, donc plus facile à travailler et idéal pour la protection de la pointe. Toutefois, l’ivoire d’éléphant est très rare de nos jours. Son commerce en est illégal depuis la création en 1973 du Comité permanent de la Convention sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction (CITES), qui agit notamment pour endiguer la contrebande d’ivoire. Les rares archetiers qui en utiliseront pour la restauration d’archets anciens ou la fabrication se servent de restes de stock autorisés préexistants à la convention.
Alternativement, les archetiers vont se servir de l’ivoire de mammouth. D’une qualité et d’une beauté similaire à celui de l’éléphant, aucune législation n’en interdit le commerce et l’utilisation. Les mammouths se sont éteints vers 1700 av J.-C. et leurs défenses se sont conservées dans le pergélisol. On les trouve principalement en Sibérie et en Alaska.
L’archetier a la responsabilité de faire remarquer au musicien que la plaque de tête de son archet est endommagée. Ainsi, il peut la remplacer et assurer la bonne conservation de l’objet, voire du patrimoine lorsqu’il s’agit d’archets anciens. Dans le cas où la plaque doit être remplacée sur un archet ancien, il a aussi la responsabilité de respecter le style du fabricant.
La famille Bazin a marqué l’histoire de l’archèterie de père en fils grâce à François-Xavier Bazin, puis Charles-Nicolas, suivi de Louis et enfin Charles-Alfred.
L’histoire de la famille Bazin commence par celle de leur ville natale : Mirecourt, une ville de l’est de la France située au sud de Nancy. Chef-lieu d’un des cantons de la région des Vosges, la ville regorge d’artisans depuis le XVIIe siècle et exporte depuis très longtemps sa main d’œuvre et ses produits de broderie, de facture d’orgues et de lutherie. La proximité des magnifiques forêts vosgiennes et leurs ressources expliquent la présence de nombreux luthiers et archetiers. Avec la création de grandes maisons et de manufactures, la ville devient vite, avec Paris, le berceau de la lutherie et, bien sûr, de l’archèterie française.
Parmi les grands Mirecurtiens qui ont marqué l’archèterie, on retrouve notamment Adam, Pageot, Simon, Husson, Ouchard, Morizot et la célèbre famille Bazin. La présence de facteurs d’instruments et d’archets dans de nombreuses familles de Mirecourt et l’essor de la lutherie au début du XIXe siècle en France attirent François-Xavier Bazin à choisir la profession d’archetier. Probablement formé par Dominique Pecatte installé depuis peu à Paris, François-Xavier est le premier de cette grande famille à attirer l’attention. Il n’eut qu’une petite production personnelle ; cela permit néanmoins à sa famille d’acquérir une certaine notoriété et de poursuivre la dynastie grâce à son fils Charles-Nicolas, le plus connu des Bazin depuis.
Il existe différentes hypothèses historiques quant à la formation de Charles-Nicolas Bazin. Par contre, on sait qu’à l’âge de 18 ans, il reprend l’affaire de son père décédé du choléra qui sévit à l’époque. Dans la deuxième moitié du XIX e siècle, les manufactures artisanales font leur apparition afin de répondre à la demande grandissante. Grâce à l’amélioration des techniques de production et la spécialisation des postes de travail, l’atelier Bazin se sert du progrès technique pour augmenter sa production tout en améliorant sa qualité. Les archets sont directement vendus aux musiciens, aux luthiers (entre autres Caressa et Français, Collin-Mézin, Sylvestre et Maucotel, Blanchard et Hel) et aux magasins de musique à Paris et partout en Europe. Parmi les archetiers maintenant renommés qui ont travaillé chez Bazin, on note Husson, Lotte, Fétique et Morizot. Son savoir-faire et son implication dans la communauté permettent à Charles Nicolas d’affirmer la dynastie dans le milieu.
Par la suite, Louis Bazin, formé par son père Charles-Nicolas, reprend l’affaire familiale au début du XXe siècle. Il garde plusieurs des ouvriers employés par son père et agrandit l’équipe. Durant toutes ces années, les célèbres François Lotte, Schwartz, Gillet, Lapierre, Louis Morizot et encore Jean-Claude Ouchard travaillent comme ouvriers ou apprentis. Seule la première guerre mondiale ralentit la production, mais Louis poursuit le développement de l’entreprise avec succès jusque dans les années 50.
Charles-Alfred Bazin apprend le métier avec son père, Louis. Il travaille pour lui et devient rapidement son premier assistant. Son influence se fait alors ressentir au sein de la maison. Ce n’est qu’après la deuxième guerre mondiale qu’il reprend à son tour l’entreprise familiale. Au cours de cette transition, Charles-Alfred ne garde qu’un seul ouvrier, Marcel Delprato qui le quitte d’ailleurs très rapidement. Il préfère finalement travailler seul - à la différence de ses aïeux - directement pour les musiciens et sa clientèle particulière, sans les intermédiaires que sont les luthiers et les marchands. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, il est très impliqué dans la communauté professionnelle notamment auprès du Groupement des Luthiers et Archetiers d’Art de France, de la Chambre des métiers et du Musée de Mirecourt. C’est grâce à son influence que l’on voit apparaître dans le dictionnaire le mot «archetier», qui remplace dorénavant «facteur d’archet».
En 1987, la dynastie des Bazin s’éteint avec la disparition de Charles-Alfred Bazin, mais elle entre au Panthéon des professionnels de la lutherie, de l’archèterie et de la musique.
BIBLIOGRAPHIE :
BROWN, Christopher, The rise and fall of a dynasty, The Strad magazine, avril 1994.
HENLEY, William, Universal dictionary of violin and bow makers, Amati publishing LTD, Brighton, 1972
MILLAN, Bernard et RAFFIN, J.-F., L’archet (Vol. 1, 2 et 3), L’archet édition, Paris 2000
VATELOT, E., Les archets français, deuxième édition, Tome I et II, Sernor-M. Dufour, Paris, 1977
VANNES, René, Dictionnaire universel des luthiers, tome premier, troisième édition, Les amis de la musique, Bruxelles, 1988
Si l’artisan travaille souvent avec plusieurs matériaux naturels, il en est un particulier que l’archetier utilise régulièrement pour remécher les archets. Le crin de cheval est une matière première dont les caractéristiques et les qualités requises pour l’utilisation en archèterie varient énormément d’une race de cheval à l’autre. Même si les archetiers peuvent utiliser des crins canadiens, russes, argentins ou japonais, la majeure partie de la production - et la meilleure - provient des élevages d’étalons de Mongolie et de Sibérie. Une fois récoltées sur les animaux, les queues des chevaux sont traitées puis plusieurs fois triées par de minutieuses mains, avant d’être vendues aux distributeurs sur des marchés spécialisés.
Afin d’éviter que l’odeur d’écurie ne vienne se mélanger aux parfums des salles de concert, le crin doit être dégraissé et nettoyé. Malheureusement, il est difficile de déceler certains traitements abusifs. Par exemple, un détergent trop agressif ou un nettoyage à trop haute température peuvent facilement endommager le crin et lui faire perdre ses qualités de jeu et sa solidité. L’œil acéré et l’expérience de l’archetier permettent de voir, entre autres, si les crins ont subi un bain au peroxyde d’hydrogène, utilisé pour les blanchir et généralement prétendre qu’ils sont de meilleure qualité.
L’archetier reçoit habituellement le crin en bottes d’une livre soigneusement ficelées. Pour en évaluer la qualité, l’archetier se fie à la couleur, au diamètre des brins et à la régularité de leur texture. Les distributeurs insistent beaucoup sur le fait que la fraîcheur du crin a une influence sur sa qualité quoique d’autres facteurs puissent être plus importants, en l’occurrence la diète du cheval – dans ce cas incontrôlable – et la manière dont le crin a été traité et lavé. L’archetier trie enfin scrupuleusement une dernière fois avant de remécher.
Finalement, le véritable gage de qualité reste l’approbation de l’instrumentiste après quelques semaines de jeu. Les archetiers ont donc besoin d’un retour d’informations de la part des musiciens. Si les crins cassent prématurément ou s’ils manquent d’adhérence, l’archetier devrait toujours en être averti. Après un rapide examen (cambrure de l’archet et cordes de l’instrument) pour vérifier que le problème est effectivement associé à la qualité des crins, l’artisan remplace la plupart du temps la mèche et isole la botte de crins avant de la retourner au distributeur si plusieurs musiciens vivent la même expérience. Bien souvent, les commentaires remontent jusqu’aux producteurs qui peuvent alors amener les correctifs nécessaires.
Comme le vigneron, l‘archetier restera toujours dépendant de sa matière première quant à la qualité de ses reméchages. C’est pourquoi il s’attend à ce que le musicien, comme le sommelier, exerce son talent pour en faire l’analyse sensorielle. Quoi qu’il en soit, le bon vigneron tirera toujours le meilleur de son raisin.
La rectitude
Avec le temps, l'archet peut perdre sa rectitude ou sa cambrure. Plusieurs facteurs l'expliquent : la structure du bois, une mèche à tension inégale, un changement d'humidité, le fait d'oublier de relâcher la tension des crins, etc. Si c'est le cas, il faut un jour ou l'autre le redresser ou le recambrer. Mais que cela signifie-t-il et comment l'archet en est-il affecté?
La cambrure : c'est la courbe que l'archetier donne à la baguette. Sans cambrure, l'archet perd ses qualités de jeu et de sonorité. L'archetier doit parfois décambrer ou recambrer l'archet.
La rectitude : un archet ne devrait pas être voilé ou tordu (« croche »). Quand on regarde l'archet dans sa longueur en visant, la hausse près de l'oeil, on devrait voir une ligne parfaitement droite. La tête et la hausse doivent être sur le même axe, pour que la baguette ne présente pas de voile.
Un archetier sérieux évalue toujours l'état d'un archet, avant de le remécher par exemple, pour être certain du bon état de conservation de l'objet en tant que tel, pour vérifier que sa performance de jeu soit optimale et aussi pour pouvoir garantir le travail de reméchage. Au moment de l'examen, il vérifie d'abord si l'archet n'est pas voilé, puis s'il est droit.
Si l'archet tend à se déformer du côté opposé de l'attaque, le jeu n'en sera pas affecté. Mais si l'archet est tordu du côté de l'attaque, le musicien peut ressentir une certaine instabilité latérale : on dit que l'archet « chasse ». Dans ce cas, il est aussi possible que la baguette, jouée avec vigueur, heurte à l'occasion les cordes. De plus, les crins coincés entre la baguette et les cordes peuvent casser ou s'user prématurément. Une fois le vernis de la baguette parti, c'est le bois lui-même qui est attaqué; il est alors important de corriger le problème avant qu'il n'empire.
Parfois, un archet est à la fois tordu et voilé, et peut même comporter plusieurs déformations en « S ». Dans tous les cas, l'archet peut être redressé.
On utilise la même technique pour redresser l'archet que pour le cambrer au moment de sa fabrication : la baguette est chauffée (à la flamme, à l'air chaud, etc.) pour être ensuite délicatement forcée jusqu'à ce qu'elle retrouve la forme désirée.
La cambrure
La cambrure de la baguette a surtout une incidence sur la jouabilité de l'archet et peut être ajustée comme l'âme d'un instrument.
Elle peut être définie par deux critères physiques : la quantité de la courbe et sa répartition le long de la baguette. L'archet a acquis sa forme moderne concave vers la moitié du 19e siècle et au fil du temps les archetiers ont fait évoluer ces caractéristiques de quantité et de répartition de la cambrure. Pour plus de clarté, nous nous en tiendrons aux tendances actuelles.
En général, l'archet détendu posé crins à plat, devrait frôler la mèche sans y toucher. Ceci représente la quantité de cambrure optimale pour la plupart des archets. Un manque de cambrure peut donner une impression de mollesse, rendre l'archet difficile à manier et le faire trembloter. Le musicien ne pourra non seulement pas exécuter un bon sautillé, il pourrait aussi casser plus de crins si, à l'occasion d'attaques musclées, la mèche est prise en sandwich entre la baguette et les cordes. À l'inverse, une cambrure excessive apporte trop de tension aux crins et peut donner au musicien une sensation de « jeu de surface ». Pour peu qu'il soit souple, l'archet sera affaibli latéralement et aura tendance à « chasser ». S'il est plutôt raide, les risques de bris de la tête sont accrus par la tension excessive des crins.
Chaque école d'archèterie et chaque archetier ont leur propre vision quant à la courbe que l'archet doit suivre. Nous nous en tiendrons ici à l'explication de certaines généralités. Une répartition adéquate de la cambrure permet à l'archet de répondre de manière égale, de la hausse à la pointe. Pour améliorer l'attaque au niveau de la hausse, l'archetier accentue principalement la cambrure vers la pointe. À l'inverse, lorsqu'il cambre davantage la baguette vers la garniture (poucette), le jeu
à la tête de l'archet est habituellement amélioré.
On ne peut changer physiquement le centre de gravité d'un archet en répartissant différemment la courbure, mais on peut modifier la sensation qu'en aura le musicien. Ainsi, on pourra atténuer certains défauts d'équilibre, si par exemple un archet est trop lourd de tête, et même améliorer l'exécution de certaines techniques : l'archetier est par exemple capable de déplacer légèrement le
point de sautillé. Pour accomplir efficacement ces réglages, le musicien doit avoir un instrument en bon état et réglé à son goût. Mais surtout, il doit établir une bonne complicité avec l'archetier et lui faire confiance.
L'instrument
Une fois reçus et inspectés, les instruments sont ajustés avec précision par nos artisans :
• Le chevalet est la fine pièce de bois à mi-chemin entre la touche et le cordier. Son rôle est crucial car il influence directement la sonorité de l'instrument. Ses pieds sont taillés pour épouser parfaitement la voûte de la table d'harmonie. La pièce est amincie et sculptée, et la courbe ajustée de manière à jouer une corde à la fois.
• La touche est la pièce de bois, toujours en ébène, collée sur le manche. Elle suit une courbe légèrement concave d'une extrémité à l'autre, pour permettre aux cordes de vibrer librement. Elle est aplanie à l'aide d'un rabot.
• L'âme est le goujon d'épicéa situé à l'intérieur de l'instrument, derrière le pied droit du chevalet, du côté des aiguës. Elle a pour fonction de transmettre les vibrations de la table d'harmonie au fond. Elle est taillée et ajustée spécialement pour chaque instrument et est positionnée avec précision.
• Les chevilles sont fabriquées en ébène, en palissandre, en buis ou en d'autres bois exotiques. Pour permettre de s'accorder facilement, elles sont taillées spécialement pour chaque instrument et sont ajustées de façon spécifique à chaque trou de cheville.
L'archet
Les archets sont avant tout sélectionnés et triés par nos archetiers selon de sévères critères :
• de poids : il influence le volume sonore produit et affecte la dextérité et la stabilité lors du maniement de l'archet.
• d’équilibre : il influence aussi la stabilité de l'archet ainsi que certaines techniques spécifiques comme le sautillé et le spiccato.
• de rigidité : plusieurs outils de mesure peuvent être employés pour contrôler la rigidité de la baguette, toutefois ce critère est souvent mesuré de manière subjective.

